Alberto Magnelli
Alberto Magnelli

 

MAGNELLI

Le parcours artistique d’Alberto Magnelli (1888 – 1971) est singulier. Autodidacte, il est marqué à la fois par les maîtres de la première Renaissance dont il côtoie les œuvres dans sa ville natale de Florence, et par les grands aventuriers de l’art de sa génération, futuristes italiens ou cubistes parisiens, auxquels il se lie dans les années 10, sans jamais accepter pour autant de prêter allégeance à un groupe ou une idéologie. Magnelli s’invente une voie autonome, en prise avec les enjeux esthétiques de son temps mais latérale et distincte, peignant des compositions figuratives solidement charpentées, aux couleurs éclatantes disposées en aplats à la découpe franche et sensuelle. L’exploitation rigoureuse de cette veine le conduit à expérimenter une première fois l’abstraction en 1915. Les années 20 au contraire, où il côtoie Giorgio de Chirico, le voient revenir à une figuration dépouillée qui rappelle un peu ses chers primitifs florentins. Au début des années 30, la série des Pierres, où se manifeste un intérêt nouveau pour les jeux de matière, le ramène progressivement vers l’abstraction, dont il est bientôt considéré comme l’un des grands maîtres.


Cette conversion définitive à l’abstraction coïncide avec ses premières expérimentations de la technique du collage, dont il n’abandonnera plus la pratique jusqu’à sa mort. Magnelli s’approprie une vaste gamme de matériaux qu’il utilise sans souci d’effet de réel, exploitant dans l’espace pictural leurs contrastes de matière, de texture, de trame ou de couleur. Il découpe dans ces matériaux souvent humbles des fragments d’espace dont il expérimente les combinaisons dans des constructions étagées et subtiles, à la fois nettes et légères, rigoureuses mais sans sécheresse. Ces collages serviront parfois de réservoir de formes pour des peintures de grand format, bien que Magnelli les ait toujours considérées comme des œuvres à part entière. Ils nous font entrer dans l’intimité de son regard et, malgré tout ce qui peut les distinguer des classiques papiers collés des cubistes, la formule de Jean Paulhan à leur sujet semble pouvoir aussi heureusement s’appliquer à ceux de Magnelli : « les papiers collés ne sont pas précisément des tableaux. Ce sont avant tout des machines à voir ».

Magnelli
Sans titre (ref. 106), 1947
collage de papier Annonay, papier goudronné et papiers de couleur sur carton, 107 × 77 cm


Les collages tiennent une place importante dans l’œuvre de Magnelli ; ils coïncident avec l’apparition de sa formule abstraite définitive, c’est-à-dire : une peinture qui ne relève que de l’invention pure, qui sera désormais sa véritable expression. […] Magnelli est un créateur de synthèses subtiles et savantes. Il sait tirer des mystérieuses relations plastiques des formes entre elles, le maximum d’illusion et de résonance.

Gabrielle Buffet-Picabia

 


Le collage (que Magnelli a pratiqué jusqu’à la fin des années 60) a sans doute été pour le peintre, comme les gouaches découpées pour Matisse, une alternative à l’ « éternel conflit de la ligne et de la couleur » que son œuvre peinte, dans sa dialectique du cerne dessiné et de l’aplat coloré, avait également, à sa manière, pris pour enjeu. En taillant dans les matières les plus diverses – papier goudronné, carton ondulé, toile de jute, papiers de tapisserie, emballage de pâtissiers ou papier de verre… - des formes relevant directement du vocabulaire de ses tableaux, Magnelli affirmait à la fois l’autonomie de celles-ci, leur aptitude à exister en tant que telles dans le monde extérieur, mais aussi à générer par le seul conact de leurs matières et couleurs ce dessin affirmé et décisif qui rend son œuvre entre toutes reconnaissable.


Daniel Abadie



Catalogue de l'exposition Magnelli: "Collages 1936-1968"

Catalogue de l'exposition Magnelli: "Les années 1920"

 

Magnelli
Sans titre (ref. 49), 1938
collage de carton ondulé, papier goudronné, papier-cuir et papier de couleur sur panneau, 57
× 54,5 cm

 

©2007 Galerie Sonia Zannettacci